Entre 1970 et 1986, les langoustiers de Camaret connaissent une période de profonds bouleversements. Après le départ d’une grande partie de la flottille vers le Brésil et l’Afrique du Sud, seuls quelques navires poursuivent la pêche à la langouste rose sur le Banc d’Arguin.
La ressource se reconstitue lentement, mais l’activité dépend désormais des accords conclus avec la Mauritanie, du prix des licences et d’une situation politique souvent instable.
1970 : la pêche langoustière au plus bas
Les départs de 1965 et 1966 ont profondément réduit la flotte camarétoise. Quatre grands langoustiers ont été vendus au Brésil et neuf autres ont rejoint l’Afrique du Sud.
L’exploitation du Mont Vema, une montagne sous-marine dont la superficie est comparable à celle de la baie de Douarnenez, s’est rapidement révélée insuffisante pour accueillir autant de bateaux.
Quelques navires sont revenus à Camaret, notamment le Condor, le Veryac’h, le Fraï-Lann et le Rubis, mais aucun n’a repris durablement la pêche depuis le port. Ils ont ensuite été vendus ou sont repartis vers l’Afrique du Sud.

Des navires désarmés dans le port
À Camaret, les bateaux désarmés témoignent de la crise. Ma Petite Folie gît échoué sur le Sillon. L’Armorique reste au mouillage, tandis que le Folgor et le Veryac’h demeurent désarmés entre 1967 et 1969. La Belle Bretonne est vendue. Son ancien patron, Auguste Kergroach, la convoie jusqu’à Nouadhibou en août 1970.
En mer, les derniers langoustiers poursuivent leurs campagnes sur le Banc d’Arguin. Douarnenez compte également cinq ou six navires travaillant sur les mêmes lieux de pêche.


La langouste se réfugie dans les grands fonds
Les langoustes roses se trouvent désormais sur le bord du plateau continental, dans des fonds accidentés de 200 à 300 mètres, découpés par des canyons.
Les roches et les coraux les mettent à l’abri des chaluts, mais rendent leur capture plus difficile.
Pour maintenir les prises, les équipages augmentent le nombre de casiers, jusqu’à 1 000 ou 1 200 par bateau. Les voyages durent cinq mois, parfois davantage. Malgré ces efforts, les rendements continuent de baisser.
En 1970 seulement 78 tonnes de langoustes roses sont débarquées à Camaret. C’est le niveau le plus bas depuis quinze ans.
1971-1972 : une première amélioration
La situation commence à s’améliorer en 1971 avec 109 tonnes de langoustes débarquées à Camaret.
La flottille exploitant le Banc d’Arguin a fortement diminué. Entre Camaret et Douarnenez, elle est passée d’environ cinquante langoustiers à une dizaine.
Cette réduction de la pression de pêche, associée à l’utilisation des casiers plutôt que du chalut, semble favoriser une lente reconstitution du stock.
En avril 1971 Notre-Dame-de-Rocamadour est désarmé. Il ne reprendra la pêche que plusieurs années plus tard depuis Douarnenez.
L’Armorique, désarmé depuis deux ans et mouillé au Fret, est racheté par Louis Kuhn puis remis en état. Il reprend la mer à la fin de l’année 1971 sous le commandement de Joseph Palud.
Les armements de Camaret et de Douarnenez
En fin d’année 1971, six langoustiers sont rattachés aux armements camarétois :
- l’Armorique, armé par Louis Kuhn et commandé par Joseph Palud ;
- l’Équateur, armé par Louis Kuhn et commandé par François Le Guen ;
- le Saint-Rioc, armé par Louis Kuhn et commandé par Louis Le Guen ;
- la Comète, navire indépendant commandé par Jean Gourmelen ;
- le Castel-Dinn, navire indépendant commandé par Henri Téphany ;
- le Portzic, navire indépendant commandé par Pierre Menesguen, puis par Jean Péron de 1984 à 1990.
À Douarnenez, l’armement France-Langouste exploite le Joliot-Curie, le Rio del Oro, l’Iroise, le Claire-Jeanne et, plus tard, Notre-Dame-de-Rocamadour.
1973 : la Mauritanie impose des licences
En 1973 la République islamique de Mauritanie porte ses eaux territoriales à 30 milles nautiques. Les langoustiers français opèrent désormais dans des eaux placées sous l’autorité mauritanienne et non plus dans les eaux internationales.
Le gouvernement mauritanien remet en cause les accords de 1961 et cherche à mieux tirer profit de ses ressources halieutiques.
Une licence annuelle est fixée à 30 dollars américains par tonneau de jauge brute, contre 20 dollars la première année. Le tonneau de jauge brute, ou tjb, est une ancienne unité administrative mesurant le volume intérieur d’un navire et non son poids.
Les grands langoustiers, comme l’Armorique, l’Équateur et le Saint-Rioc, doivent verser environ 6 500 dollars. Pour les unités plus petites, comme le Castel-Dinn et le Portzic, le montant atteint environ 3 500 dollars.
Chaque bateau doit également embarquer deux matelots mauritaniens, ce qui supprime deux emplois de marins bretons.
Le nombre de licences est limité à vingt, mais cette mesure reste sans effet immédiat puisque la flottille française ne compte plus que onze langoustiers.
Les bateaux camarétois et douarnenistes poursuivent leur activité dans ce nouveau cadre jusqu’en 1976.

1976 : un nouvel accord pour trois ans
Après de longues négociations auxquelles participe Louis Kuhn, représentant des armateurs, un nouvel accord de pêche est signé pour trois ans.
Le prix de la licence passe à 80 dollars par tonneau de jauge brute. Chaque navire doit désormais embarquer trois matelots mauritaniens au lieu de deux.
Une fermeture annuelle de la pêche pendant trois mois est également imposée durant la saison chaude.
Le naufrage de la Comète
En avril 1976 la Comète se rend à Nouadhibou pour retirer sa licence de pêche. Au cours de la nuit, elle s’échoue à cinq milles au nord du cap Blanc.
Le langoustier se brise en deux au niveau de la passerelle et doit être abandonné. Les sept hommes d’équipage sont recueillis par un chalutier soviétique, puis transférés à bord du Saint-Rioc qui les conduit à Nouadhibou.
Le patron Jean Gourmelen et le mécanicien rejoignent ensuite le Joliot-Curie de Douarnenez.

De 1977 à 1979 : les prises augmentent
En 1977 après plusieurs années de stabilisation, la production repart à la hausse et atteint 240 tonnes de langoustes roses débarquées à Camaret.
Après une pause en 1978, les apports augmentent encore de 20 % en 1979, tandis que les prix progressent de 30 %.