Les bateaux de Camaret

1956 : quatre langoustiers de Camaret prospectent la langouste rose en Mauritanie

Un projet de prospection retardé

En décembre 1954 la section « Langouste » du Comité interprofessionnel des crustacés envisage une campagne de prospection de la langouste rose dans les environs du cap Blanc.

La zone retenue s’étend entre les latitudes 16° et 26° nord, sur des fonds pouvant atteindre une centaine de mètres. Le projet prend cependant du retard et n’est réalisé qu’au début de l’année 1956.

Entre-temps, Louis Callec a pris les devants. Lorsque l’expédition officielle est organisée, Ma Petite Folie effectue déjà son troisième voyage dans les eaux mauritaniennes.

La prospection doit néanmoins répondre à une question importante : les langoustiers classiques utilisés pour la pêche à la langouste rouge au Portugal ou au Maroc peuvent-ils également pêcher la langouste rose en Mauritanie dans des conditions rentables ?

Quatre langoustiers d’environ 60 tonneaux

Quatre bateaux participent à l’expédition :

Ces unités sont beaucoup plus petites que Ma Petite Folie ou La Belle Bretonne. Leur capacité de chargement est limitée, mais c’est précisément l’un des objectifs de l’expérience : déterminer si des langoustiers de cette taille peuvent effectuer des campagnes rentables jusqu’en Mauritanie.

Les règles de la prospection

Le programme de l’expédition est défini à l’avance :

  • les recherches doivent être menées entre les latitudes 16° et 26° nord, sur des fonds ne dépassant pas une centaine de mètres ;
  • tous les bateaux doivent être équipés d’une radio et communiquer régulièrement les résultats de leur pêche ;
  • chaque patron doit tenir un livre de bord journalier dans lequel sont consignées les zones explorées et les captures réalisées ;
  • un représentant de l’Institut scientifique et technique des pêches maritimes, l’ISTPM, peut être embarqué sur l’un des navires.

Il ne s’agit donc pas seulement d’une campagne de pêche, mais bien d’une prospection organisée dont les résultats doivent permettre d’évaluer les possibilités offertes par les fonds mauritaniens.

Le départ vers la Mauritanie

Les quatre langoustiers quittent Camaret entre le 18 et le 21 janvier 1956.

Après une escale à Vigo pour acheter de la boëtte, c’est-à-dire les appâts destinés aux casiers, ils tentent d’abord de pêcher la langouste rouge sur leurs zones habituelles, au large du Portugal.

Pendant six jours, les résultats sont presque nuls. Avec 300 casiers, chaque bateau ne capture que quinze à vingt langoustes par jour.

Ces faibles prises confirment la raréfaction de la langouste rouge sur les fonds traditionnels.

Le 31 janvier les quatre bateaux établissent un contact radio avec Ma Petite Folie, qui se trouve alors à la hauteur des îles Canaries.

Ils quittent le cap Roca, au Portugal, et mettent à leur tour le cap sur les Canaries, où ils peuvent se ravitailler en carburant avant de poursuivre vers le sud.

Des viviers remplis en une semaine

La prospection de la langouste rose commence le 10 février 1956, vers le 19e parallèle nord, sur des fonds compris entre 40 et 100 mètres.

Les premières prises sont médiocres, mais la pêche s’améliore rapidement. Les captures atteignent bientôt environ 300 langoustes roses par bateau et par jour, soit près de 600 kilos.

En une semaine, les viviers sont remplis.

Le 17 février les quatre langoustiers prennent la route de la France.

Le voyage de retour est rendu difficile par le mauvais temps. Après une nouvelle escale à Vigo pour se ravitailler en carburant, les bateaux arrivent à Camaret le 4 mars 1956.

Les quantités débarquées sont les suivantes :

  • Santez Anna : 3 300 kilos ;
  • Belle Gitane : 3 200 kilos ;
  • Stereden Va Bro : 3 036 kilos ;
  • Sainte Marine : 2 360 kilos.

Au total, près de 12 tonnes de langoustes roses sont ainsi rapportées à Camaret.

Les pertes dans les viviers sont estimées à environ 10 % de la cargaison de chaque bateau. Les langoustes sont vendues 300 francs le kilo.

Une réussite technique, mais une rentabilité limitée

La campagne démontre que des langoustiers d’une soixantaine de tonneaux peuvent atteindre les zones de pêche mauritaniennes, capturer la langouste rose au casier et la ramener vivante jusqu’en Bretagne.

La réussite technique est donc réelle.

Sur le plan économique, le bilan est moins favorable. Le voyage est long et coûteux pour des bateaux qui ne peuvent transporter que quelques tonnes de crustacés. Le prix de vente relativement faible, ajouté aux dépenses de carburant, d’appâts, de vivres et d’équipage, limite fortement la rentabilité de la campagne.

Peu de patrons renouvelleront donc l’expérience avec des navires de ce tonnage.

La prospection de 1956 conserve néanmoins toute son importance. Elle confirme les observations déjà faites par Ma Petite Folie : la langouste rose est présente en quantité sur les fonds mauritaniens et peut être capturée au casier puis transportée vivante jusqu’à Camaret.

Elle montre aussi les limites des anciens langoustiers conçus pour des campagnes plus proches, au Portugal ou au Maroc.

Pour que cette nouvelle pêche devienne réellement rentable, il faudra disposer de bateaux plus grands, capables d’emporter davantage de matériel et surtout de rapporter des cargaisons plus importantes.

La prospection de 1956 confirme donc le potentiel de la langouste rose en Mauritanie, mais elle montre également que son exploitation à grande échelle nécessitera une nouvelle génération de langoustiers.