Les bateaux de Camaret

1956 : La Belle Bretonne, deuxième langoustier mauritanien de Camaret

Pendant que Louis Callec, sur Ma Petite Folie prospecte les eaux mauritaniennes et pose les bases d’une nouvelle pêche, d’autres patrons et armateurs de Camaret commencent à croire à la réussite de son projet.

Auguste Kergroach commande ainsi au chantier, à Camaret, un grand langoustier qui reçoit le nom de La Belle Bretonne.

Belle Bretonne en construction au chantier Péron

Une construction exceptionnelle pour Camaret

À cette époque Auguste Kergroach commande La Belle Étoile, avec laquelle il pêche la langouste rouge sur les côtes anglaises, portugaises et marocaines.

Pour le chantier Péron, la construction de La Belle Bretonne représente une grande première. Avec ses 214 tonneaux et ses 30 mètres de longueur, le bateau dépasse tout ce qui avait jusque-là été construit à Camaret.

Les travaux commencent en janvier 1955 et durent environ un an. Pendant cette période Auguste Kergroach poursuit ses campagnes à bord de La Belle Étoile, mais suit avec attention les premières expériences de Louis Callec en Mauritanie.

Il peut ainsi profiter des enseignements tirés des voyages de Ma Petite Folie. Son futur bateau reçoit une installation frigorifique et une chambre froide destinées à conserver les queues de langoustes congelées lorsque la température de l’eau devient trop élevée pour maintenir les crustacés vivants dans le vivier.

La Belle Bretonne est également équipée d’un chalut. La pêche au casier nécessite en effet une grande quantité de boëtte, nom donné à l’appât utilisé pour attirer les crustacés. Les eaux mauritaniennes étant riches en poissons, le chalut doit permettre à l’équipage de produire lui-même une partie de ses appâts.

Le navire est ainsi conçu comme un langoustier mixte : une partie des langoustes peut être conservée vivante dans le vivier, tandis que les queues des autres sont congelées et stockées dans la chambre froide.

Le lancement et la motorisation

Le lancement a lieu au mois de décembre 1955. Aussitôt mise à l’eau, la grande coque est remorquée jusqu’à Brest pour recevoir son moteur.

Trois langoustiers participent à l’opération. Santez Anna et La Belle Gitane assurent le remorquage, tandis que L’Océan accompagne le convoi.

Le 29 décembre La Belle Bretonne est accostée au cinquième bassin du port de Brest pour les travaux de mécanique. Son moteur de 270 chevaux doit lui permettre d’atteindre une vitesse de 7 nœuds.

Une fois la motorisation installée, le bateau revient à Camaret pour les travaux de finition et l’embarquement de son matériel de pêche.

Le jour de la bénédiction, coque blanche et grand pavois , la Belle Bretonne en rade de Camaret. Le pont est noir de monde, clergé, officiels, constructeurs, équipage et familles ont été invités à la bénédiction du plus grand bateau de Camaret. (remerciements à la famille Kergroach)

Une bénédiction très suivie

Le 8 aril 1956 La Belle Bretonne est bénie en rade de Camaret. La cérémonie se déroule en musique avec la Kevrenn des cheminots de Carhaix.

Le bateau arbore une coque blanche et le grand pavois, c’est-à-dire l’ensemble des pavillons hissés à l’occasion des cérémonies. Le pont est noir de monde : clergé, officiels, constructeurs, équipage et familles sont réunis pour la bénédiction du plus grand bateau de Camaret.

Premier voyage : cap sur la Mauritanie

Quelques jours après la bénédiction, La Belle Bretonne prend la mer.

Le 5 mai 1956 le langoustier quitte Camaret pour sa première campagne en Mauritanie. Auguste Kergroach emporte des casiers pour rechercher la langouste rose, mais aussi des filets destinés à la langouste verte. Cette seconde pêche doit garantir la rentabilité du voyage si les langoustes roses ne sont pas au rendez-vous.

L’équipage trouve rapidement de la langouste rose et décide de se consacrer à cette pêche. Une partie des crustacés est conservée vivante dans le vivier. Les autres sont étêtés, puis les queues sont congelées et stockées dans la chambre froide.

La pêche donne de bons résultats, mais l’installation frigorifique tombe en panne. L’équipage ne parvient pas à la réparer.

Quatre tonnes de queues de langoustes congelées doivent être rejetées à la mer. Elles représenteraient environ dix tonnes de langoustes entières.

La pêche se poursuit alors en utilisant uniquement le vivier. La Belle Bretonne rentre à Camaret au mois de juillet et débarque 8,4 tonnes de langoustes roses vivantes.

Deuxième voyage : retour à la langouste verte

Le deuxième voyage commence au mois d’août, lorsque les eaux de surface sont particulièrement chaudes en Mauritanie.

Auguste Kergroach préfère alors se tourner vers la langouste verte sur les côtes du cap Blanc. Cette espèce supporte mieux les conditions rencontrées pendant la saison chaude.

En novembre La Belle Bretonne débarque 10 tonnes de langoustes vertes, vendues au prix de 745 francs le kilogramme.

Troisième voyage : la réussite du système mixte

Pour son troisième voyage, effectué pendant l’hiver, La Belle Bretonne retourne sur les fonds à langoustes roses.

L’installation de congélation a été réparée et et une deuxième groupe de froid installé afin d’éviter de nouveaux problèmes. Le bateau peut désormais associer efficacement les deux modes de conservation : le transport des langoustes vivantes dans le vivier et la congélation des queues. (Source : Paul Marec, matelot)

En février 1957 La Belle Bretonne débarque à Camaret 13 tonnes de langoustes roses vivantes et 4 tonnes de queues congelées.

Cette campagne constitue une réussite technique importante. Elle montre qu’un langoustier peut conserver une partie de sa pêche vivante tout en congelant à bord celle qui ne peut être transportée dans le vivier.

Les futurs langoustiers mauritaniens seront à leur tour équipés de dispositifs de congélation. Cette évolution permettra de mieux exploiter les captures et de limiter les pertes provoquées par la chaleur ou les mauvaises conditions de retour.

La Belle Bretonne marque ainsi une nouvelle étape dans l’histoire de la pêche camarétoise à la langouste rose : après les premiers essais de Ma Petite Folie, le principe du langoustier mixte commence à faire ses preuves.

La Belle Bretonne sur les lieux de pêche. On distingue les casiers sur le pont et le chalut sur le côté tribord. (collection famille Kergroach)