Les bateaux de Camaret

1957-1959 : l’essor des langoustiers mauritaniens de Camaret

Entre 1957 et 1959 le développement de la pêche en Mauritanie transforme profondément la flotte de Camaret. Les nouveaux langoustiers deviennent plus grands, plus puissants et mieux équipés pour les longues campagnes sur les côtes africaines.

À Camaret, ces navires destinés à la pêche mauritanienne sont couramment appelés les « mauritaniens ». Ils se reconnaissent aussi souvent à leur coque blanche.

La transformation des langoustiers

Viviers, congélation et chambres froides

Premier grand mauritanien camarétois, Ma Petite Folie dispose seulement d’un vivier pour conserver et transporter les langoustes vivantes. Il appartient à la catégorie des langoustiers purs, comme les navires douarnenistes qui pratiquent depuis longtemps la pêche à la langouste verte.

Le vivier est un compartiment aménagé dans la coque et alimenté en eau de mer, où les crustacés sont conservés vivants.

Le retour de La Belle Bretonne en février 1957 avec des langoustes roses congelées ouvre une nouvelle voie. Les bateaux destinés aux campagnes de Mauritanie sont désormais équipés d’installations frigorifiques et de chambres froides.

Ceux qui possèdent à la fois un vivier et un système de congélation sont appelés langoustiers mixtes.

D’autres abandonnent le grand vivier traditionnel au profit d’installations frigorifiques plus importantes. Ils appartiennent à la catégorie des congélateurs purs.

La généralisation du chalut

Une autre évolution importante est la généralisation du chalut. Celui-ci permet de capturer les poissons utilisés comme appâts dans les casiers, mais aussi de pêcher directement la langouste rose lorsque la nature des fonds s’y prête.

Selon les espèces recherchées et les zones fréquentées, les nouveaux langoustiers peuvent ainsi employer plusieurs techniques :

  • le casier pour la langouste rose ;
  • le filet pour la langouste verte ;
  • le chalut pour capturer les appâts ou, lorsque les conditions le permettent, la langouste rose.

Cette polyvalence doit permettre aux navires de mieux s’adapter aux résultats de la pêche et aux conditions rencontrées pendant les longues campagnes.

1957 : le lancement du Monseigneur Landreau

Le 1er avril 1957 le chantier Albert Péron lance le troisième grand langoustier mauritanien de Camaret. Le navire reçoit le nom de Monseigneur Landreau, en hommage à un Morbihannais devenu Préfet Apostholique de Mauritanie en 1955

Plus grand que La Belle Bretonne, il mesure près de 32 mètres et jauge 270 tonneaux. Doté d’un moteur Crépelle de 315 chevaux, il devient à son tour le plus grand bateau du port.

Son vivier peut contenir 20 tonnes de langoustes vivantes et ses chambres froides 20 tonnes de queues congelées.

Pour l’époque, Monseigneur Landreau est un navire moderne. Il possède une radio, un sondeur et un radiogoniomètre, couramment appelé « gonio ». Cet appareil permet de déterminer la direction d’une émission radio et constitue alors une aide précieuse à la navigation.

Le commandement est confié à Pierre Ferrec, qui a acquis une première expérience de la pêche mauritanienne aux côtés d’Auguste Kergroach à bord de La Belle Bretonne.

Mgr Landreau le jour de son baptéme, beaucoup de monde à bord, l’équipage, les armateurs, les familles, les officiels et le clergé.
Une partie de l’équipage: Françis Le Page, X; André Marrec, André Torillec, Pierre Ferrec (patron), Lucien Drévillon, en bas X; Christian Grégoire, X.

Plusieurs mois de finition

Le lancement ne concerne encore que la coque. Quatre à cinq mois de travaux sont nécessaires avant que le navire puisse prendre la mer.

Tous les corps de métier interviennent à bord. Les mécaniciens installent les moteurs principaux et auxiliaires. Les chaudronniers montent les cuves à carburant et à eau, tandis que les forgerons réalisent les nombreuses pièces métalliques nécessaires.

Il faut également poser la passerelle, aménager son intérieur et installer les instruments de navigation. Les frigoristes mettent en place les compresseurs et les chambres froides. Enfin vient l’embarquement du matériel de pêche : casiers, filets et chalut.

Lorsque les travaux sont achevés et la dernière couche de peinture blanche appliquée, la bénédiction, parfois appelée baptême, peut avoir lieu.

Cette grande cérémonie réunit l’équipage, les armateurs, les familles, les représentants officiels et le clergé, en présence du parrain et de la marraine du navire.

Après quatre mois et demi de finition, Monseigneur Landreau appareille pour le cap Blanc le 15 août 1957. Ce premier voyage se déroule pendant la saison chaude. L’équipage doit donc principalement rechercher la langouste verte.

Plusieurs des jeunes marins n’ont encore jamais fréquenté les côtes africaines. Pierre Ferrec et Lucien Drévillon possèdent toutefois l’expérience d’une année passée sur La Belle Bretonne avec Auguste Kergroach.

Deux marins douarnenistes connaissant bien la pêche à la langouste verte sont également recrutés.

1958 : deux nouveaux langoustiers

La flottille camarétoise continue de s’agrandir en 1958 avec le lancement du Saint-Rioc et du Françoise-Christine.

Le Saint-Rioc

La construction du Saint-Rioc commence en avril 1957, immédiatement après le lancement de Monseigneur Landreau.

Bénédiction du St Rioc en juillet 58, le grand pavois est envoyé, le pont est noir de monde.(Photo O.F)

Le chantier Albert Péron le met à l’eau le 8 mars 1958. Les travaux de finition se poursuivent jusqu’en juillet. Le bateau est ensuite béni avant de partir quelques semaines plus tard pour sa première campagne en Mauritanie.

Long de 30,14 mètres, le Saint-Rioc jauge 277 tonneaux. Son moteur Crépelle de 360 chevaux lui permet d’atteindre une vitesse de croisière de 8 nœuds.

Comme Monseigneur Landreau, il peut transporter 20 tonnes de langoustes vivantes dans son vivier et 20 tonnes de produits congelés dans ses chambres froides.

Il est équipé pour pêcher la langouste rose au casier ou au chalut, ainsi que la langouste verte au filet.

Sa radio permet de communiquer avec les autres navires et avec Le Conquet Radio. Son radiogoniomètre sert à déterminer la direction des émissions reçues, tandis que le sondeur à bande de papier enregistre le relief des fonds marins.

Le Françoise-Christine

Le Françoise-Christine est lancé le samedi 3 mai 1958 par le chantier Auguste Tertu, à Rostellec.

Lancement du François-Christine le 3 mai 1958 au chantier Tertu à Rostellec. (collection P. Tertu)

Ce clipper thonier-chalutier-langoustier est conçu pour une grande polyvalence. Il peut pratiquer la pêche à la langouste, au thon et au poisson blanc.

Contrairement aux trois précédents mauritaniens, il ne possède pas de véritable grand vivier. Doté d’une installation frigorifique importante, il appartient à la catégorie des congélateurs purs.

Le bateau dispose cependant de cuves alimentées en eau de mer par des pompes. Elles permettent de conserver les appâts vivants destinés à la pêche au thon et peuvent également servir de petits viviers pour les langoustes.

Long de 30 mètres et jaugeant 240 tonneaux, le Françoise-Christine est propulsé par un moteur Duvant de 500 chevaux. Il possède également deux groupes électrogènes de 80 chevaux.

Le bateau appartient à l’armement Kersalé et son commandement est confié à François Salaün.

1959 : la construction s’accélère

En 1959 plusieurs grands langoustiers destinés aux campagnes mauritaniennes sont lancés ou rattachés au port de Camaret.

Le Notre-Dame-de-Rocamadour

Lancement du « ND de Rocamadour » au chantier Péron le 26 mars 1959

Ce langoustier mixte mesure 32,68 mètres et jauge 300 tonneaux. Équipé d’un vivier et d’installations de congélation, il peut transporter 25 tonnes de langoustes vivantes.

Le chantier Péron réalise alors une véritable performance en lançant trois navires en moins de trois semaines :

Notre-Dame-de-Rocamadour devient le sixième grand langoustier mauritanien attaché au port de Camaret. D’autres unités sont encore en construction.

Le Charleston

Mauritanien Charleston en chantier
Le Charleston en fin de construction au chantier Auguste Tertu, à Rostellec. en 1959

Le 25 avril 1959 Auguste Tertu procède au lancement du Charleston à Rostellec.

Destiné au patron Louis Riou, ce nouveau mauritanien mesure 33 mètres et jauge 300 tonneaux. Il devient l’un des plus grands langoustiers de la flottille camarétoise.

C’est le troisième grand langoustier construit par le chantier Tertu, après le Grand Saint-Bernard, réalisé en 1955 pour Douarnenez, et le Françoise-Christine, lancé en 1958.

Le Kador, un langoustier à coque d’acier

Le 23 août 1959 un nouveau langoustier arrive à Camaret.

Lancé le 15 mai par les chantiers de La Perrière, à Lorient, il porte le nom de Kador, en référence à la pointe de Morgat et à son arche naturelle aujourd’hui effondrée.

« Le « Kador » à son arrivée à Camaret en 1959

Ce thonier-langoustier se distingue des constructions camarétoises par sa coque en acier soudé. Il mesure 29 mètres de longueur pour 6,90 mètres de largeur.

Dépourvu de vivier traditionnel, il possède quatre cuves d’une capacité totale de 40 m³. Elles peuvent recevoir des crustacés ou conserver les appâts vivants destinés à la pêche au thon.

Ses chambres froides, d’un volume total de 75 m³, ainsi que son tunnel de congélation le classent parmi les congélateurs purs.

Le Kador est équipé d’un moteur Sulzer de 375 chevaux et de deux groupes électrogènes Baudouin de 80 chevaux.

Il appartient à l’armement Heise-Kermel et consorts. Son commandement est confié à Jean Kermel, à la tête d’un équipage principalement composé de marins de Morgat.

Le Lys de Bretagne

« Le Lys de Bretagne » sur sa cale de lancement au chantier Joseph Keraudren

Le 14 novembre 1959 Joseph Keraudren lance son premier grand langoustier mauritanien, le Lys de Bretagne.

Le bateau mesure 28,40 mètres et jauge 213 tonneaux. Sa motorisation est composée de deux moteurs de 180 chevaux entraînant une même ligne d’arbre.

Le Lys de Bretagne est un langoustier mixte. Son vivier peut recevoir 18 tonnes de langoustes vivantes. Sa chambre froide, d’un volume de 30 m³, permet de stocker environ 8,5 tonnes de queues congelées.

Une flottille profondément transformée

Entre 1957 et 1959 la flottille camarétoise change rapidement d’échelle. Les nouveaux langoustiers sont plus grands, plus puissants et capables de rester longtemps éloignés de leur port d’attache.

Le vivier permet toujours de débarquer des langoustes vivantes, tandis que la congélation assure la conservation d’une part plus importante des captures. Le chalut fournit les appâts nécessaires aux casiers et offre une méthode supplémentaire pour capturer la langouste rose.

Les bateaux deviennent également plus polyvalents. Certains peuvent rechercher successivement la langouste rose, la langouste verte, le thon ou le poisson blanc. Cette diversification doit permettre aux armateurs de mieux répartir les risques liés aux longues campagnes.

En quelques années, les premiers essais menés par Ma Petite Folie ont ainsi donné naissance à une nouvelle génération de navires.

Camaret entre dans l’ère des grands langoustiers mauritaniens.