Beaucoup de tensions avec les autorités mauritaniennes
Malgré cette amélioration, les pêcheurs restent inquiets. Les relations avec les autorités mauritaniennes sont tendues et le pays entre dans une période d’instabilité politique.
- En juillet 1978 Moktar Ould Daddah, premier président de la République islamique de Mauritanie (1960-1978), est renversé par une junte militaire.
- Colonel Moustapha Ould Mohamed Saleck. (1978-1979)
- Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya (1979-1980)
- Mohamed Khouna Ould Haidalla (1980-1984)
- Maaouiya Ould Sid’Ahmed Taya (1984–2005)

Un projet de société franco-mauritanienne
L’accord de pêche signé en 1976 expire en avril 1979. Le nouveau pouvoir souhaite mettre en place une nouvelle politique des pêches afin de mieux contrôler l’exploitation des ressources du pays.
Les autorités mauritaniennes proposent la création d’une société franco-mauritanienne. Les langoustiers passeraient sous pavillon mauritanien et embarqueraient des équipages mixtes, composés de sept ou huit Mauritaniens pour quatre ou cinq Français.
Le projet prévoit également la construction de nouveaux langoustiers. Les négociations n’aboutissent pas et sont définitivement abandonnées en 1981.
Cette incertitude pèse sur les armateurs. La flotte camarétoise et douarneniste vieillit et nécessite des travaux coûteux. Sans accord durable, il devient difficile d’investir dans la modernisation ou le remplacement des navires.
Janvier 1979 : le Saint-Rioc est arraisonné
En janvier 1979 le Saint-Rioc termine sa campagne. Après avoir débarqué ses trois marins mauritaniens à Nouadhibou, il met le cap sur la France avec une vingtaine de tonnes de langoustes roses dans son vivier.
Le bateau est alors arraisonné par une vedette de la Marine mauritanienne. Son patron Louis Le Guen est conduit à Nouadhibou et retenu pendant quatre jours.
L’armement affirme avoir payé la licence de pêche, mais le patron ne possède aucun document lui permettant de le prouver. L’autorisation provisoire repose sur un accord entre les administrations française et mauritanienne qui n’a pas été formalisé par écrit.
Pendant l’immobilisation de Louis Le Guen, le Saint-Rioc reçoit l’autorisation de naviguer dans le secteur du cap Blanc. Le bateau doit rester en mouvement afin de renouveler l’eau du vivier et de maintenir les langoustes en vie.
Malgré cette précaution, une partie de la cargaison est perdue.
Les autres langoustiers français présents dans la zone, notamment l’Armorique, l’Iroise et le Joliot-Curie, s’éloignent vers les eaux internationales.
Une délégation française intervient à Nouadhibou et l’incident est finalement réglé. Cet arraisonnement est cependant perçu à Camaret comme un moyen de pression à l’approche des négociations sur les futurs droits de pêche.

Octobre 1981 : l’arraisonnement du Portzic
Le 29 octobre 1981 le Portzic, commandé par Pierre Menesguen, est à son tour arraisonné par les autorités mauritaniennes.
Celles-ci réclament le paiement d’une licence qui, selon l’armement, a déjà été acquittée. L’incident est réglé dans la journée et le bateau est relâché.

1981 : forte augmentation du prix des licences
À compter du 1er octobre 1981 la Mauritanie décide de porter les droits de pêche à 1 600 dollars par tonneau de jauge brute.
Ce tarif est celui appliqué aux grands chalutiers industriels, capables de débarquer plusieurs centaines de tonnes de poissons. Les langoustiers, dont les prises sont bien plus limitées, ne peuvent supporter une telle charge.
De nouvelles négociations sont conduites par Louis Kuhn, président des armateurs langoustiers, avec l’appui de l’ambassadeur de France.
Elles aboutissent à un compromis fixé à 400 dollars par tonneau de jauge brute, soit cinq fois le tarif prévu par l’accord de 1976.
Même réduit, ce montant reste difficile à supporter.
1982 : le Portzic et le Castel-Dinn renoncent au Banc d’Arguin
Les trois plus grands langoustiers camarétois, l’Armorique, le Saint-Rioc et l’Équateur, acceptent de repartir vers la Mauritanie.
Les deux unités plus petites, le Castel-Dinn et le Portzic, renoncent en revanche à pêcher sur le Banc d’Arguin.
Au printemps 1982, avec l’aide financière du Comité des crustacés, les deux navires entreprennent une prospection au large de la Bretagne.
Dès le mois de mai, ils débarquent de la langouste rose capturée au sud-ouest du banc de la Chapelle, à la limite du plateau continental, sur des fonds de 300 à 400 mètres.
Ils poursuivent cette pêche jusqu’à la fin de l’année. La ressource s’épuise cependant rapidement. Les équipages se tournent alors vers la langouste rouge, le homard et les gros tourteaux.
Cette expérience ne dure qu’une saison.
De nouvelles négociations européennes
Les élus locaux alertent le ministre de la Mer, Louis Le Pensec. Depuis 1980, les accords de pêche entre les États membres de la Communauté économique européenne et les pays tiers relèvent toutefois de la Commission de Bruxelles.
Les négociations en vue d’un accord général avec la Mauritanie sont longues et n’aboutiront qu’en 1987.
À la fin de l’année 1982 un accord provisoire plus favorable permet néanmoins d’alléger les droits de pêche.
Selon les montants alors annoncés, les plus grands langoustiers doivent verser 350 dollars et les autres 250 dollars par tonneau de jauge brute, avec un paiement réparti en trois échéances.
Ces nouvelles conditions permettent au Castel-Dinn et au Portzic de reprendre la route du Banc d’Arguin.
De 1982 à 1986 : le retour de l’abondance
À partir de 1982 les langoustes roses sont de nouveau abondantes. Les navires rentrent fréquemment à Camaret avec 25 à 30 tonnes de crustacés.
D’une année sur l’autre, les rendements se maintiennent et progressent fortement en 1986.
Les quantités débarquées à Camaret sont les suivantes :
- 1982 : 467 tonnes, dont 396 tonnes de langoustes vivantes et 71 tonnes de queues congelées ;
- 1983 : 298 tonnes, dont 257 tonnes de vivantes et 41 tonnes de queues congelées ;
- 1984 : 431 tonnes, dont 357 tonnes de vivantes et 74 tonnes de queues congelées ;
- 1985 : 370 tonnes, dont 296 tonnes de vivantes et 74 tonnes de queues congelées ;
- 1986 : 590 tonnes, dont 382 tonnes de vivantes et 198 tonnes de queues congelées.
L’année 1983, avec 298 tonnes, reste considérée comme bonne. En 1986 les 590 tonnes débarquées rapprochent Camaret des niveaux atteints pendant les années d’abondance du début des années 1960.
La courbe des apports fait apparaître trois périodes distinctes :
- une forte production entre 1955 et 1963 ;
- un effondrement entre 1964 et 1970 ;
- une lente reconstitution du stock entre 1971 et 1986.
Cette reprise reste fragile. Dès 1987 de nouvelles conditions de pêche viennent à nouveau bouleverser l’exploitation de la langouste rose sur le Banc d’Arguin.

De 1955 à 1963 c’est une période d’abondance – De 1964 à 1970 la décrue due à une surexploitation. De 1971 à 1986 le stock de langoustes se reconstitue. 1987 cette pêche, ouverte par la CEE aux fileyeurs portugais, a été ruinée en 2 ans.